La nuit.
Forcément la nuit.
Et de préférence, tard dans la nuit.
Il faut cette atmosphère particulière, un peu insomniaque, un peu alanguie; cette envie de prolonger encore la soirée, malgré l'heure indue.
On se laisse bercer par le piano de Gil Evans, qui égraine ses notes rondes, graves, presque lourdes.
La voix du saxophone de Steve Lacy, au contraire, brille et éclaire les ombres dans les coins de la pièce.
Ces deux-la jouent avec la musique de Charles Mingus comme deux matous tranquilles, sûrs de leur équilibre, de leur souplesse, et de leurs pattes de velours.
Bientôt, on est ailleurs, dans le sous-sol du café-jazz d'un vieux polar en noir & blanc, par exemple. Et Richard Widmark, c'est sur, va franchir la porte d'un instant a l'autre, un chapeau en feutre crânement vissé sur la tête...
En attendant qu'il arrive, vous reprendrez bien un whisky ?

(C'est le seul album duo enregistré de Steve Lacy et Gil Evans, et il était plutôt une étude d'un album à venir. Gil Evans devait s'éteindre 3 mois plus tard. Ce disque m'accompagne depuis maintenant presque 15 ans, il était normal que je lui rende enfin hommage. Lécoute se prête aussi particulièrement bien à la résolution de problème d'algèbre multi-linéaire, à propos...)
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