S'il y a un sport qui m'a toujours fasciné, c'est le rugby; avec son drôle de ballon, ni rond, ni vraiment en forme d'oeuf, ovale quoi, et avec ses règles de gentlemen d'un côté, et ses contacts rugueux de l'autre.
Quand j'étais plus jeune, au lycée, je n'en avais ni encore le goût, ni la carrure (j'étais mince comme une brindille, faut dire), et à part quelques mois en seconde (ou était-ce en première ?) dans le cadre de l'Éducation Sportive, publique, laïc et obligatoire, je n'ai jamais fait de rugby.
Les années passant, j'ai pris un réel intérêt au tournoi des V puis VI nations, dont j'essaye de ne rater aucun match. Et l'année dernière, en arrivant en Écosse, j'espérais bien que mon fils pourrait s'y mettre (ben oui, on désire toujours pour ses enfants ce qu'on a pas réussi à avoir pour soi-même,
yada, yada, je vois pas pourquoi je serais une exception). Ce fut, hélas, un rendez-vous manqué: Merlin était trop petit d'un an, et je me suis retrouvé à jouer aux échecs. Oui, bon, c'est pas mal les échecs, on peut amener un pion à l'essai derrière la ligne de défense adverse pour le transformer, mais ce n'est pas exactement la même chose.
Cette année, avec la rentrée des classes à l'école des grands, Merlin avait enfin l'âge, et donc on est allé au deux premiers entrainements des "P1" (les premières années d'école primaire), et il s'est bien marré. Je me suis porté volontaire pour coacher les petits, et je vais donc rubgy-iser dans la catégorie des 4 ans et demi-6 ans, dans le club local,
West of Scotland, dont les jolies couleurs rappellent celles de la Catalogne, c'est à dire aussi celles de ma Provence natale (les maillots sont rayés rouge et or).
Sauf que...
Sauf que, c'est pas ça qui va me remettre, moi, en forme, et me faire perdre les kilos et la graisse que j'accumule depuis la naissance de mes enfants. Et mes articulations qui craquent. Et le sentiment de vieillir à chaque petit bobo nouveau (ben ouais faudrait pas vieillir, mais sache, lecteur, que la déchéance physique, sauf effort volontaire pour la contrer, commence à 30 ans; oui, je sais c'est dur).
Et si... Et si, moi aussi j'allais jouer à la baballe avec les grands, le soir ? Le genre de truc, tu te dis, si je commence pas avant mon trente-cinquième anniversaire, je le ferais jamais plus, tu vois. Et puis tu réfléchis et tu te dis, non mais attends, là, les types qui doivent jouer dans ce club, ils font tous une tête de plus, mais surtout 4 épaules plus large que toi. Et puis tu leur prends 15 ans minimum.
MINIMUM ! Et puis, eux, ils jouent depuis aussi jeunes que ton fils ! Bref, une idée complètement barge. Qui m'a bien fait gamberger depuis deux semaines, et qui m'a même foutu les chocottes, pour tout dire.
Et ben ce soir, j'ai pris mon courage à deux mains, et j'y suis allé... Je crois que j'ai un peu fait halluciner le coach: D'abord, c'est pas tous les jours qu'il voit débarquer des joueurs nouveaux. Des débutants, en plus, non, ça, y en a presque pas. Des français, encore moins. Et des types de mon âge,
jamais. Mais il m'a dit, avec cette sympathie toute Écossaise "Pas de problème, met ton short, et va sur le terrain".
J'espèrais, secrètement,
naïvement plutôt, que l'entrainement ce serait du genre: Quelques tours de terrain, des exercices de passes, des exercices avec le pied, et à la fin, oui, à la fin, on joue ensemble. Le truc sympa pour se remettre au sport, tranquillou, quoi. Sauf que ça, c'est ce que ces types ont du faire entre 5 et 15 ans, genre. Maintenant, eux, ils sont sur le terrain pour jouer. Pas que ça à foutre, les exercices, y a un match Samedi contre un autre club, tu vois. Et ça va s'enchainer, hein, la saison, alors on profite qu'il fait beau et on joue.
Bon. OK, on joue. J'ai pas de chaussures à crampons, j'ai pas de chaussettes qui montent bien haut sur les tibias, j'ai pas de protège-dents. J'ai eu l'impression d'être de la porcelaine dans un magasin d'éléphants, mais j'ai joué. Doucement, hein: Je me suis bien mis sur les ailes; je suis pas rentré dans un maul; j'ai taclé personne. Mais j'ai couru à droite-à gauche (et sans crampon, vache, ça glisse), j'ai eu la balle quatre ou cinq fois, et j'ai même dû réussir deux ou trois passes.
Je suis revenu avec un bel oeuf sur le tibia, je pourrais plus marcher demain à cause des courbatures, et j'ai sans doute pas perdu 500 grammes.
Mais j'ai perdu au moins 5 ans !
Et je me suis amusé. Oh, timidement, comme un gosse qui rejoint l'équipe de caïds du quartier pour la première fois. Mais amusé quand même.
Je me dis que j'ai bien fait de ne pas avoir peur.
Et j'y retourne Jeudi ! Et faites gaffe les gars, si ça se trouve, d'ici là, j'aurais acheter des chaussures à crampons.
Tu aurais pu prévenir plus tôt que ton blog réouvrais.
Et pas la pein de faire le mariole en short sur le terrain (et sans short sous la douche) pour qu'on ait du plaisir à te lire ...